Toujours être ailleurs.
Prendre des risques, c’était pile dans nos cordes. Poser les sacs, faire étalage de ta témérité, le sourire de défi qu’on arborait au commencement des choses. Un jeu de plus. Une histoire neuve à dévorer à la hâte. Et j’écrirais sur ça, comme sur le reste.
Et nos pas lourds d’enfants blessés résonnent encore chaque fois qu’on s’aventure un peu à l’ouest. C’est une histoire de distance sournoise qu’on fout entre nous deux, de vide magnétique qui fait qu’on pousse toujours en sens inverse. Battre des ailes ne suffit plus, j’ai l’air qui brûle dans mes poumons, et ça m’arrache les mots humains, ceux là même qui ont brisé toutes les histoires d’avant.
Prendre des risques, c’était pile dans nos cordes, et t’as nié de toutes tes forces pour résister jusqu’à la fin. T’as fait semblant, feinté la rage et puis l’amour, mordu mes mains autant qu’possible. C’est l’oppression des idées molles, de l’à-peu-près dans ma mémoire, me souvenir de tout, et des coups bas, et des exploits furtifs qui nous rendaient malades.
Y’a qu’on faisait ça comme une sorte de jeu, nos deux esprits entrant en collision, la corde sensible pour faire sonner la résonance des émotions. Y’a qu’on s’est jamais résigné à mettre un point final, à baver sur les suites en suspension, à ronger la passion jusqu’à nos os rouillés. Y’a qu’agripper ton cul c’était comme s’emparer du ciel, le paradis sauvage, me sentir dieu le temps d’en jouir, et qu’entre nous y’a jamais d’place pour autre chose, se prendre et se jeter pour la beauté de l’acte et l’illusion des pleins pouvoir
I'm just going out of myself.
Je l’avais un peu oublié, un peu. Et c’était déjà beaucoup. Et le voir revenir, comme ça, ça m’a foutu un coup à l’estomac. J’en tremble encore, et je n’y arrive plus. Nos choeurs qui entrent en collision, nos mains s'agrippent au mât et plongent encore plus profond que la dernière fois. Ta voix tambour de guerre est venue pour marquer ma peau, venue droit des enfers pour me briser les os.
Et j’avale à nouveau les choses, sans vaciller, reprend le souffle et recrache sans peine. Dressé comme un roi, dos au mur, j’affronte le ressac et je brise lentement mes chaînes. C’est l’humain qui gronde au fond de mes entrailles, l’enfant sauvage qui veut percer le ventre, et je bouillonne encore d’être amoureux de toi, la rage électrochoc, c’est le métier qui rentre.
Et les mots se font durs, percutent les corps en mouvement, ricochets, hématomes, des trous dans nos armures et puis l’odeur des balles à blanc.
Je l’avais oublié, un peu. Et le voir revenir ça m’a rendu vivant.
Bury me now !
Et puisse un vent violent se lever entre les plis de nos chairs, puisse le temps nous assassiner à petit feu. J’ai vu briller tes yeux ma jolie meurtrière, j’ai vu ton appétit de louve dévorer l’entre-nous-deux.
En voilà des mirages, amour d’apesanteur, quelques lettres marquées, creusées à même la peau. Il faut régler l’image, il faut vaincre la peur, sourire halluciné, baise moi avec tes mots.
Il est des éclats de chair qui tâchent les parois, éclaboussures humaines venus strier l’écran, quelques morceaux de moi comblant les interstices, peut être un peu de toi qui suinte, dans tout l’appartement.
A t’entendre hurler j’ai bien cru à l’émoi, à sentir mes os qui craquaient sous tes pas, et j’en tremble comme toi ma lucie des enfers, et j’en tremble de toi ma pute au revolver.
Et j’ai cracher tout ça, vomi sur la moquette, noyé dans la vodka, et le coeur à la fête, j’ai cru crier tout bas, le silence dans ma tête, être maître de soi veut dire «appuie sur la gâchette».
C’est le passage à l’acte, de l’ombre à la lumière, la règle du manque et du tact, des bouteilles à la mer. C’est les baisers volés, mon élan suicidaire, c’est ma belle écorchée, ma folle colombe à la guerre.
Un diable à la mer.
Et j’pense encore à toi, juste par intermittences, mitraille mes vieux souvenirs, tire en rafale contre les murs. J’ai des photos de toi criblées d’choses indécentes, parfois je meurs un peu trop vite à fantasmer sur nos blessures. Et toi, taudis de chair gonflé à l’héroine, tu traines tes os rongés aussi loin que possible, faire bonne figure aux yeux du monde, serrer les poings pour pas flancher. T’as jamais voulu croire, même pas en toi, sauf dans l’défi, la rage pour affronter les vents contraires, y’a d’la fierté dans tes élans de suicidaire.
Mon évanouie, ma belle inanimé, ta bouche bien colorée qui m’avalait mieux que le monde, j’en ai bavé pour t’remplacer, pour faire l’effort d’hurler sans toi. La perte d’équilibre qui accompagne encore parfois le vide de l’espace-temps qu’on éventrais du bout d’tes doigts. J’me suis pendu trois fois en quelques jours, à mon boulot, à ma musique, à ma putain d’grève de la vie. Ma folle furieuse, ma jolie garce, j’pense à ton corps friable capable de m’foutre droit dans le mur, et j’use mes souvenirs contre la porte d’ascenseur. J’refais l’histoire avec ces putes, la vie, la mort, le reste aussi. J’refais l’arnaque de ton amour, la messagère furieusement ivre qui vient planter ses mots divins à coup de crocs droit dans l’coeur. Ma fille de l’air, mon évasion, le toit du monde qu’on piétinait ne t’as jamais foutu l’vertige. Moi j’ai sombré au moindre coup, à chaque sursaut contre tes reins. Mon hystérique, ma bulle d’envie, l’appel au sexe dans ton regard, l’avale-faiblesse dans tes grands gestes de reine de nuit, j’ai jamais pu retrouver ça dans les amour d’supermarché. Brisée en mille t’as dû filer, et c’est pas sûr que t’y penses plus, et j’ai cru t’voir samedi dernier, y’avait tes yeux sur son visage, y’avait tes bruits sur mon image.
J’ai jamais voulu croire, ouais sauf en toi, c’était l’défi, juste défoncer les vents contraires, y’a de l’amour dans nos relans de coeurs de pierres.
Doit y avoir autre chose.
Et si jamais je n’étais pas d’accord ?
C’est vrai j’ai dit ces choses, un peu sans réfléchir, un peu histoire d’franchir le bord, enfin surtout j’ai dit tout c’que t’avais envie d’entendre. T’as pas eu l’air d’hésiter, c’était bien confortable, m’enfermer dans ton petit manège, faire semblant, même pas en reculant, sans accroc dans la voix. Au fond, nous deux, c’était un raté de plus, un naufrage programmé, mais sans le mélodrame, noyé dans un bassin aseptisé, drogué aux conventions fournies sur ordonnance. Au fond nous deux, c’était deux prénoms sur un morceau de papier, mais sans l’odeur de l’encre, avec des points dressés fièrement en haut des i, la stricte vérité c’est qu’on jouait l’amour sans convictions.
La stricte vérité, celle que je n’ai pas osé dire tout au commencement des choses, celle qu’on pouvait imaginer en arrière plan dans les ombres projetées de nos corps à distance, c’est que cet horizon figé entre les murs du monde tendait à asphyxier toutes mes parcelles d’humanité. Devenir robot parmi les robots. Les hommes transposés en numéros. La belle parade des visages à grands sourires sur les photos numérisées. La drague des samedis soirs soigneusement étalée sur les réseaux sociaux. T’aurais tiré la gueule si j’avais dit que je n’voulais pas de tout ça. Pas d’poke sur Facebook, pas de Meetic sous photoshop, pas d’crédit sms à triple chiffre. T’aurait tiré la gueule si j’t’avais avoué tous mes penchants un peu malsain, ma maladresse, ma confusion, mes sautes d’humeur, tous mes caprices, mon inconstance. T’aurais tiré la gueule si j’t’avais dit tout c’que j’voulais vraiment. Les attentes infernales, le souffle coupé en montant l’escalier vers ton appartement, l’hésitation devant la porte, même après la trente troisième visite. Les clopes à partager, tirer sur le même filtre et boire au même goulot, griller sur place, l’air abruti, en me voyant cinglé, à t’acheter des cadeaux un peu trop chers. Sentir la peur, sentir venir nos airs béats, sentir tout ça, ce qui sent bon et ce qui pue. T’aurais tiré la gueule si j’avais dit que j’voulais pas t’payer un verre, t’emmener dîner ou t’inviter au cinéma. Si j’avais dit que c’que j’voulais c’était construire, tout fabriquer, devenir l’usine à création, faire les trois huit à nous tous seuls. T’aurais tiré la gueule en découvrant c’qui m’fait bander, le grand bazar, tous les défauts, le crade et le merdique, les engueulades et les moues forcées pour masquer les sourires inopportuns. Et surtout pas la stratégie, ni les conseils, ni l’manuel du petit couple aux allures de recettes de cuisine. Ouais moi c’que j’aime c’est l’entropie, engueuler dieu du désordre qu’il nous a laissé en repartant d’chez nous, l’inouï d’te savoir dans mon lit sans jamais être sûr que t’y sois pour moi. Tout c’que j’aurais aimé c’est sentir la douleur, un peu de vie dans nos ébats, un peu d’larsen dans nos discours, un peu de toi et moi dans cette histoire, même rien qu’un peu. Tout c’que j’aurais voulu c’est ressentir, toutes les caresses, les ecchymoses, l’extase et le sacré, l’amer et puis l’acide, le sucré, le salé, le goût d’ton sexe et de tes larmes, l’odeur du souffre et l’mélodrame.
T’as vu comme on s’ennuie, notre existance noyée dans le formol, à s’voir vieillir dans un miroir, au ralenti, sans dénouement et sans début. Et nos chairs mortes qui n’sentent même pas la pourriture, quand on manque d’air au fond d’un trou, même pas le goût de la poussière quand j’laisse ma langue glisser sur nous. Pire que la mort, l’absence de vie, c’est le grand vide sans le vertige, mon sperme qui coule sans le plaisir, c’est le coma sans accident, c’est le non sens qui m’pousse à fuir.
« Ne me dis pas toi que vivre nous fatigue, qu’on ne fait que passer, doit y avoir autre chose. Et l’envie de se perdre dans les bras l’un de l’autre, peut être que j’y ai cru … Je sais plus. »
Qui savait au début qu'il y aurait une fin ?!
Et t’en dirais quoi toi, de foutre le camp ?
J’ai froid en dedans, je bous littéralement, tes mots toxiques qui me percent la peau, et l’évasion résonne comme une évidence. Bien longtemps que toi tu les as dompté, les évidences à peine audibles, quand t’anticipes mes défaillances, que je retombe entre tes mains, à chaque faux pas, tout juste parce que c’est toi. Toi tout entière, de l’enfer de tes gestes, à tes sarcasmes bruyants, oui ma tête fait des rebonds et tes yeux disent que tu mens.
Et l’on brouillonne encore, les potes et moi, des esquisses maladroites, des à-peu-près de vies, la foire aux commencements, quand on découvre que même les grandes idées sont solubles dans le vin. La marche à suivre importe peu quand on préfère planer, rêver de toi jusqu’au matin, les corps à la dérive. Qu’on savait bien dès le début qu’il y aurait une fin.
Et t’en dirais quoi toi, de faire halte chez moi ?
J’ai pris le paradis d’assaut. Il fut un temps c’était New York, les rues blindées de béton noir, et les néons de ma salle de bain. Si t’avais bien voulu raser les murs de ma chambre, refaire trembler le monde de passions brise-pierres, juste plaquer ton cul sur l’email et le tissu, jouer sous mon poids à fermer les paupières.
T’as vu qu’au lieu de ça, tu n’parles que de routes à se faire, oui d’horizons lointains, de décalages horaires. La science des actes manqués, c’est notre histoire d’amour, la pleine démesure des fossés qu’on creusait, en éventrant la terre avec nos propres ongles. J’ai laissé le paradis en lambeaux, c’était commode ainsi, à voir les anges pleurer, tes ailes dans l’incendie.
Et t’en dirais quoi toi, de vouloir te venger ?
Tu sais j’ai pris grand soin à laisser chaque trace, que le chemin soit marqué, j’ai effacé les regrets et mis des mots à la place. Tu sais j’ai pas perdu l’élan, que je prenne l’envol ou accélère la chute, c’est le manque qui me flingue, je me sens vivre à la lutte.
C’est pour quand la revanche, celle des mots vides et des poings dans les cotes. Celle des baisers salés et des sourires en coin. C’est pour quand la tuerie du dimanche, celle des contes de couette et des numéros sur la main. Ce soir je dîne en terrasse, et toi, tu m’tues et puis tu t’casses.
Je pense donc tu suis.
Il fut un temps les grondements. Dis, t’entends toi les vibrations ? Tu sens la rage au creux des reins, tu sens la peur d’rater la fin ? Les cloisons qui s’effritent à chaque coup dans la grosse caisse, mon cœur bondit encore, me voilà sans repères, longtemps tenu en laisse, l’égo prend la poussière. Et les entrailles en implosion, t’avales la mort à pleine bouche, bouffer ma chair en érection, bouffer la merde à pleine louche. Aller rallume les fumigènes, tu sens les râles dans les gradins, tu sens la vie dans les arènes, ma belle qui cogne sa tête contre mes poings. C’est trop d’amour dans les artères, des jeux sensibles à grande vitesse, la jolie place de la concorde, refuge des amants en détresse. Aller dis toi c’qui t’fais vibrer, aller dis moi c’qui t’fait flancher, mon corps ruiné, mon âme à plat, j’peux t’égorger quand t’es comme ça. J’suis pas solide face à tes mots, ouais ça m’ébranle tes grognements, j’suis l’apprenti qui crève de chaud quand tu danses nue sur mon divan. Et t’as les rêves à l’agonie, et tu t’éteins machinalement. Et puis je pense donc tu suis, t’as juste gardé l’reflexe de faire semblant. Tu manques surtout d’appétit, on dit qu’t’as la haine qui s’essouffle. Ta jolie comédie, t’empiles des mots qui t’étouffent. Tes fenêtres condamnées, ton parquet ébréché. J’t’ai baisé la dernière fois sans aucune conviction, on peut pas vivre comme ça, t’es morte sur le tapis du grand salon. Dis pas non, putain frappe moi, réagis, rase toi la crête. Dis pas non, putain jette moi, balance toi par la fenêtre. C’est le cadet de tes soucis, l’armada des bons sentiments, tu colle ta tête contre l’ampli, tu voudrais t’crever les tympans. Ouais les Stooges pour t’faire la peau, la seule issue que j’te propose, la seule façon pour qu’on s’trouve beau, l’idée d’mourir d’une overdose. Il est fini le temps des grondements, y’a plus qu’des ruines et des échos, y’a plus qu’mon foutre sur tes p’tits seins et la marque de tes griffes sur mon dos. Je pense donc tu suis, Janis qui m’assassine sans transition, ton air béat quand j’te souris, t’as trop voulu m’donner raison. Je pense donc tu suis, t’as des limites qui me dépassent, et ta putain d’cyclothymie, j’aurais pas cru qu’l’amour prendrait autant de place.
Nova.
Jolie gueule sous les draps,
Planquée mon assassine,
Elle dit fout moi le camp,
J’ai mis tes clés dans la cuisine.
Raser les murs au p’tit matin,
Evacuer le nid d’amour,
Comme sortir d’un bar à putains,
Et puis chialer en bas d’la tour.
Nova n’a pas besoin de moi,
Elle a des rêves de solitaire,
Nova est prête pour le combat,
Putain c’que j’l’aime ma guerrière,
C’est celle qui parle d’évasion,
Qui dit qu’elle ira voir la mer,
Les pirates et le grand frisson,
Putain c’que j’l’aime ma prisonnière,
Nova rêve encore de voyages,
Parle toujours de foutre le camp,
Alors elle a quitté la ville,
Sans résilier le bail d’appartement.
Et moi je cogne contre la porte,
Balance des mots sous l’paillasson.
Nova s’en fout qu’on pense à elle,
C’est l’orpheline qui dit jamais « je t’aime ».
Nova s’en fout des gravités,
Nova est une enfant d’la scène.
L’artiste s’inspire de sa folie,
Nova m’a fait connaitre le paradis.
Souviens toi du café des anges,
Du bout d’mes doigts sous tes phalanges.
Du crachin sous les réverbères,
De nos baisers en marche arrière.
Nova allume des incendies,
Elle hurle à fendre les miroirs,
J’aime quand elle joue la comédie,
La capricieuse aux idées noires.
Nova elle aime pas les surprises,
Elle râle toujours c’est un principe,
Elle mord souvent, m’embrasse un peu,
Nova m’traite jamais de pauvre type.
Et moi je joue les Roméo,
Pourtant ouais c’est pas trop mon genre,
C’est juste qu’au jeu du plus salaud,
Nova aura toujours la médaille d’or.
Nova mon amoureuse de caractère,
M’en a fait voir des belles couleurs,
On dit qu’elle tient ça de sa mère,
La grande ivresse du mal au cœur.
Nova fume dix fois plus que moi,
Elle boit aussi n’importe quoi,
Elle dit jamais « non c’est pas bien »,
Elle dit jamais « fais gaffe à toi ».
Les mains au fond des poches,
Elle peut bien sûr serrer les poings,
Elle pourrait s’faire le p’tit gavroche,
Bien sûr les barricades en moins.
Nova se moque du grand manège,
Elle dit qu’elle veut pas parler d’ça,
Qu’elle veut pas s’sentir prise au piège,
Qu’elle veut pas finir dans mes bras.
Mais souviens toi du café des anges,
Du bout d’mes doigts sous tes phalanges.
Du crachin sous les réverbères,
De nos baisers en marche arrière.
Foutu pour foutu.
Vingt cinq ans au compteur, et toujours les poings fourrés dans les poches. Non nous n’avons jamais eu peur, finalement c’est peut être ça qui cloche. Non, les gens ne croient plus à la mort, ils croient à l’usure. Le fond de l’air fût rouge, les belles paniques sont d’autres temps. Dire qu’on avait des rêves, qu’on n’pensait plus aux murs, qu’on a perdu l’envie, qu’on a perdu l’élan. Rien à gagner, plus rien à perdre, rien à donner, plus rien à prendre, car tout s’achète et tout se vend. Dis qu’ça te plait, dis le que ça te plait, les cas contraires importent peu car tous les mots sont balles à blanc. T’as vu Paris mourir un peu, la grande promo des muselières, les grandes fumées sans faire de feu, les contestants qu’on teste à terre. Les gueules cassées loin des vitrines, les sacs de pierres sont bien trop lourds, les barricades toujours trop hautes, même plus la force de s’faire l’amour. Et tu dis quoi de ça, et tu dis quand ça vient, parler au vent, parler tout bas, crier que tout ne sert plus à rien. Et tu dis quoi, et tu dis quoi … Et foutu pour foutu on parlera toujours d’amour, à s’faire vibrer pour pas grand-chose, à s’faire du mal en fin d’parcours. Ouais foutu pour foutu on ira s’foutre du politique, parce que y’a qu’l’art qui nous fait jouir, et la beauté nous fout la trique. Idéalistes de merde on polluera vos rues, des graffiti sur vos poubelles, des jolis tatouages sur le cul. T’as vu Paris trembler un jour, les masses grouillantes qui grondent d’ivresse. La force sauvage du passé, et les retours de flammes en pleine gueule. Dis moi toi, dis moi pourquoi tu gueules. C’est quoi la mort ? L’absence de rage ? Là dans la bouche avoir un putain d’goût de poussière. Dis, c’est quoi les chants de la victoire ? Les grandes idées qui font tourner le monde, les militants qui veulent casser du militaire. C’est qu’on à faim putain ! La quarantaine dans nos mémoires, le triste état des jeux savants, il est foutu le temps choix, il est ruiné le temps de l’autrement. Dis c’est commode la fin des temps, jusqu’au sinistre des corps raidis, tes phrases en boule, tes yeux fuyants, dis le que c’est commode ton hystérie. Y’a ta raison qui fout le camp, vaut mieux mourir que d’vivre ainsi, la parodie du monde qui tourne, qui vire au petit jeu des comédies. Et foutu pour foutu, on fait semblant, hurle au trop plein, putain, putain, putain … Ouais foutu pour foutu, les cors aux mains, nos airs malades, y’a pas que les puissants qui s’en vont faire un tour à la parade. Et y’a Paris qui chante encore, ses derniers soirs agonisants, le saxophone des quais de foire, dis moi que toi, la vie, t’as trouvé ça marrant.
Ma belle hallucinée.
Et j’y peux rien si tu m’écœures, j’me suis usé en altitude, à voir en toi un peu trop grand, c’est le vertige qui m’a buté. J’me suis rendu à l’évidence, c’est dur de perdre les habitudes, intoxiqué à ton odeur, c’est ton mépris qui m’a coulé. J’ai comme un trou dans l’estomac, j’ai faim d’action, j’ai faim de toi, avec toutes les contre-addictions, j’ai pas fait gaffe à ton état. La panne des sens en court de route, ton histoire désarticulée, aller fout ton cœur dans la soute, la baise suffit pour décoller. Mon hystérie est passagère, j’peux pas trop rev’nir en arrière, j’étais raide dingue, j’étais foutu, maintenant j’me lasse même de ton cul. J’sais pas c’que j’veux, j’sais plus qui j’suis, y’a comme un air de déjà vu, comme un relan d’film de Breillat sur fond d’histoire d’amour perdu. Y’a pas qu’nous deux dans l’aventure, j’me rend pas compte si j’ai trop bu, j’crois bien que j’suis fait comme un rat, prend garde à toi si j’t’ai mordu. La tête plongée dans la mangeoire, ouais j’ai grandi parmi les porcs, t’auras ta place parmi les miens si tu sais jouir un peu plus fort. Et ouais bordel on en est là, tes lignes de poudre et mon whisky, on passe le temps, on fait semblant, on fout des cordes aux montants de ton lit.
C’en est fini, c’en est fini, t’as gommé tout mon horizon, j’veux respirer, j’veux respirer, j’veux retrouver le chemin d’la maison. Faut se tirer, faut se tirer, tes merveilles sont empoisonnées, j’me suis perdu, j’me suis perdu, à vivre ta vie d’hallucinée.
Et j’y peux rien si tu m’écœures, ça m’a usé les altitudes, j’me fais violence pour résister, pour passer l’goût d’la solitude. T’as fait trembler mon univers, battu l’record de magnitude, tu m’as aidé à tuer mon père, ce genre chose t’as l’habitude. Ouais ça sonne faux quand j’te dis non, ouais ça me brûle quand tu transpires, ça me démange de perdre la raison. J’peux fuir la vie, finir mon verre, gratter ta chair ou mieux encore racler les fonds. Me lâche pas, allume moi, renvoie moi cinq siècles en arrière. T’es bonne qu’a ça, allume moi, vas y fait moi mordre la poussière. Ta gueule de pute, ton air sévère, mon addiction à tes mots durs. A quand la chute, à quand la guerre, moi j’ai fait lustrer mon armure. Qu’est ce que tu fuis entre mes bras, qu’est ce que t’oublis entre mes lèvres ? A qui tu penses quand tu m’avales, pourquoi tu ris, pourquoi tu chiales, dis moi à qui tu voudrais faire du mal ? Putain fait chier d’en rester là, à mes pétards, à ton bourbon, putain c’qu’on peut trouver le temps long.
Ouais c’est fini, ouais c’est fin, t’as cramé tout mon horizon, j’veux respirer, j’veux respirer, j’voudrais rentrer à la maison. Faut se tirer, faut se tirer, tes merveilles sont empoisonnées, j’me suis perdu, j’me suis perdu, à suivre une belle hallucinée.










